Répétition et emballement fisherien
Nous continuons à ventiler la désinformation de la semaine dernière avec quelques stratégies défensives pro-Kremlin relatives à l’empoisonnement d’Alexeï Navalny et aux manifestations en Biélorussie.
Navalny, l’Histoire continue, Littéraire
L’espace médiatique est inlassablement alimenté par des théories du complot liées à l’empoisonnement du célèbre dissident russe, Alexeï Navalny. Tout comme il y a deux semaines, il est possible de dresser un parallèle avec les événements de Salisbury.
Soulignons simplement quelques similarités frappantes.
Le discours «Les Allemands ont inventé la bouteille de Novitchok» rappelle «Londres a détruit les preuves dans l’affaire Skripal» et fait écho à «Londres a tué Sergueï Skripal». Ensuite, nous constatons une répétition de messages prêtant à confusion selon lesquels Alexeï Navalny n’a pas été empoisonné, ou qu’il l’a été, mais qu’il était impossible de prouver que l’arme utilisée était le Novitchok. Les différents discours en rappellent bien d’autres liés à l’affaire Skripal. Autre exemple familier – l’Occident aurait inventé «Navalny» juste pour imposer de nouvelles sanctions à la Russie.
Pourtant, l’édition de la semaine dernière ne portait pas que sur des évocations du passé. Nous avons également découvert de nouveaux discours «créatifs», comme «les États-Unis ont forcé Angela Merkel à mentir à propos d’Alexeï Navalny» et «Alexeï Navalny lui-même ne croit pas l’histoire de la responsabilité des autorités russes dans son empoisonnement.»

Manifestations en Biélorussie, Orchestrées par l’Occident, Encore
Une certaine continuité se dégage des discours relatifs aux manifestations en Biélorussie. Dans leurs différentes variantes, ils avancent que les manifestations sont orchestrées par une agence externe (l’Occident, les États-Unis, et qui d’autre que le nonagénaire George Soros (bon anniversaire, avec un peu de retard !))
Par exemple, «les Américains guident la manifestation depuis un centre situé à proximité de Varsovie par le biais de chaines sur l’application Telegram messenger». Dans la même veine; «les États-Unis et l’UE souhaitent arracher Minsk des griffes de Moscou, en recourant à la stratégie ukrainienne», ou le pouvoir orchestrateur des manifestations est «partagé par la Pologne, la République tchèque, l’Ukraine, la Lituanie et les États-Unis». En outre, «les services spéciaux polonais ont joué un rôle dans la déstabilisation de la Biélorussie», «de la même manière qu’ils l’avaient fait en Ukraine». Citons toutefois une nouveauté, le discours «les foules manifestant en Biélorussie sont des effets spéciaux numériques». Vive la technologie!

La zoophilie comme emballement fisherien
Le Danemark est mondialement réputé pour son design élégant, ses maisons colorées et ses équipes de football placées en embuscade, mais la désinformation pro-Kremlin met tout en œuvre pour changer l’image de ce pays nordique.
Elle espère que le monde voit les Danois comme des zoophiles.
Alexeï Jouravlev, membre de la Douma, a déclaré que le Danemark avait ouvert des installations pour zoophiles, où l’on pouvait venir et «violer une tortue». Cette déclaration fait écho aux discours précédents, dans lesquels les Danois sont dépeints comme des zoophiles, exemple parmi d’autres du déclin moral généralisé de l’Occident.

Images: 60 Minut, Rossiya 1
La propagation du discours relatif à la «zoophilie du Danemark» est liée aux plumes de paon.
Vraiment.
Pendant un certain temps, les biologistes ont tenté d’expliquer ce phénomène. Comment concilier ces longues queues extravagantes et ornementées avec le processus rigoureux de la sélection naturelle ? Ils y sont parvenus grâce au concept d’«emballement fisherien», à savoir, l’évolution d’ornements mâles excessifs sous la pression de la sélection persistante et dirigée de la femelle.
La «zoophilie» constitue un bel exemple de ce processus dans le monde de la désinformation. Une histoire colorée, extravagante, qui semble dénuée de fondements pour survivre à la sélection médiatique. Néanmoins, parfois, elle s’échappe. Elle débute avec quelque chose de petit, comme l’allégation qu’un zoo danois recueillait des animaux domestiques non désirés pour nourrir les carnivores, avant d’être montée en épingle.
Et nous observons d’autres exemples d’emballement fisherien de la désinformation. Que dire de «la fois où la télévision russe avançait que des couples gay pouvaient acheter un vrai bébé à une foire à Bruxelles?», ou lorsqu’il a été «avancé que le Conseil de l’Europe tentait de diviser les hommes et les femmes de la délégation russe en six sexes»?
L’imaginaire de la désinformation pro-Kremlin ne connaît décidément aucune limite.
