Le Kremlin qui criait à «l’Occident»!

Les colporteurs de désinformation du Kremlin tentent depuis longtemps de donner l’impression que le pays est assiégé par des puissances étrangères hostiles, bien souvent d’origine anglo-saxonne. Il s’agit d’un des fils conducteurs de la désinformation véhiculée par le Kremlin sur la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine. D’ailleurs, à mesure que le soutien à l’Ukraine se renforce, les partisans du Kremlin accusent de plus en plus l’Occident de se montrer agressif envers le pays. Ils tracent de manière démonstrative des lignes rouges dénuées de sens, brandissant à demi-mot la menace d’une apocalypse nucléaire.

Fidèle à son habitude, le Kremlin a une fois de plus multiplié cette semaine les mensonges et les allégations infondées sur la présence de troupes occidentales en Ukraine. Il a dénoncé, encore une fois, une prétendue «ingérence de l’Occident» en Géorgie en se plaignant des intentions de l’UE de faire bon usage des avoirs gelés des oligarques russes.

L’ennemi est aux portes

Depuis que le président français Emmanuel Macron a publiquement laissé planer l’idée d’un éventuel déploiement de troupes en Ukraine, l’écosystème de désinformation pro-Kremlin est en ébullition. Plus particulièrement, les commentateurs paraissent vouloir accréditer la propagande russe qui circule depuis longtemps déjà et qui prétend que l’Occident instrumentalise l’Ukraine dans une guerre par procuration contre la Russie.

Si, dans le camp occidental, le débat est pour le moment purement théorique, les médias pro-Kremlin affirment que l’ennemi est déjà aux portes. Certains médias rapportent que des troupes françaises participent déjà aux combats en Ukraine, d’autres que l’OTAN se prépare activement à mener une guerre contre la Russie. D’autres encore prétendent que la Russie a déjà détruit des bases occidentales secrètes en Ukraine.

Constamment inconstant

Moscou cherche en permanence à tirer tous les avantages possibles de ses campagnes de désinformation, sans en subir les conséquences. Ainsi, lorsque les dirigeants occidentaux ont suggéré d’autoriser l’Ukraine à mener des frappes en territoire russe, les propagandistes du Kremlin ont changé leur fusil d’épaule, passant de l’idée d’une «guerre par procuration menée par l’Occident» à l’accusation selon laquelle l’Ukraine chercherait à déclencher une confrontation directe entre l’OTAN et la Russie. Ainsi, la vision qu’a le Kremlin des relations entre l’Ukraine et l’Occident et tout à fait fluctuante: tantôt c’est l’Ukraine qui mène la danse, tantôt c’est l’Occident qui tire les ficelles. Tout dépend de ce qui arrange les désinformateurs du Kremlin à un moment T.

Un «deuxième front» en Géorgie

Cette habitude qu’a le Kremlin de projeter ses propres actes sur d’autres et d’accuser l’Occident d’avoir un comportement agressif est aussi valable avec ce qui se passe actuellement en Géorgie. Maintenant que le Parlement géorgien a approuvé la fameuse «loi sur la transparence de l’influence étrangère» malgré l’opposition de la population et le veto présidentiel, de nombreux partisans du Kremlin en Géorgie défendent activement ce recul en propageant de la désinformation selon laquelle les pays occidentaux cherchent à instrumentaliser la Géorgie pour ouvrir un «deuxième front» contre la Russie.

Les allégations d’ingérence et de machinations guerrières secrètes de l’Occident pour se servir de la Géorgie contre la Russie accompagnent cette loi controversée depuis sa création en 2023. Ces sombres desseins ne sont peut-être que les élucubrations de complotistes paranoïaques, mais les désinformateurs pro-Kremlin les ont propagés pour discréditer et paralyser la société civile géorgienne qui, jusqu’à présent, protégeait le pays dans son processus d’adhésion à l’UE.

Pour couronner le tout, des médias favorables au Kremlin expriment leur satisfaction face à la nouvelle loi géorgienne sur la transparence de l’influence étrangère, y voyant un signe que le pays s’écarte de l’influence occidentale pour se tourner vers la Russie, conformément à la vision impérialiste russe des «sphères d’influence» .

Au voleur!

Pendant ce temps, le Kremlin profitait d’un contexte national propice pour propager ses théories du complot habituelles, affirmant que l’Occident impie complotait pour anéantir la sainte Russie. Cette fois, l’attaque est personnelle. Les pays occidentaux ayant gelé les avoirs des oligarques russes, la Russie accuse l’UE et le G7 d’essayer de voler de l’argent russe durement gagné et menace de «riposter». Des médias favorables au Kremlin se sont attachés à souligner les conséquences possiblement catastrophiques auxquelles s’exposent les pays occidentaux. Parallèlement, d’autres ont expliqué que le projet d’utiliser les actifs russes gelés était une preuve du fait que l’Ouest mène une guerre hybride contre la Russie.

Un progrès, pas des impôts

Enfin, le gouvernement russe a utilisé la peur de menaces extérieures imaginaires venues de toutes parts pour dissimuler une augmentation des impôts dans le pays. Ah non, pardon, «augmentation des impôts» n’est pas l’expression utilisée par les partisans du Kremlin. Il faut dire «ajustement planifié des barèmes progressifs». Ou «amélioration du système en place». Ou «abaissement du seuil de revenus». C’est tout du moins la façon dont les choses sont présentées aux contribuables russes qui mettent la main au porte-monnaie pour financer la guerre menée par le pays contre l’Ukraine. Si l’on en croit le Kremlin, ce n’est pas le signe alarmant que les coffres se vident rapidement, mais plutôt un signe de progrès. Ne vous faites pas avoir.

Également remarqué par EUvsDisinfo :

  • Le Kremlin adore les bonnes vieilles théories du complot. Depuis la pandémie de COVID-19, l’Organisation mondiale pour la santé (OMS) est régulièrement dans le collimateur de Moscou. À présent, les porte-parole du Kremlin prétendent que l’OMS a demandé aux gouvernements de mettre fin à l’agriculture. Cette fausse information circule depuis au moins décembre 2023, suite à la publication par l’OMS de documents traitant de nutrition et des sujets discutés lors de la COP28. Il s’agit d’une déformation grossière des conclusions de l’OMS, utilisée pour soutenir des théories du complot pro-Kremlin sur une «conspiration mondialiste» visant à réduire la population mondiale. En réalité, l’OMS a simplement incité à évoluer vers des régimes alimentaires plus sains et majoritairement basés sur les végétaux, et n’a aucunement plaidé pour l’interdiction de l’agriculture.
  • Depuis l’annonce par la Suisse de l’organisation d’un sommet pour une paix juste et durable en Ukraine, la machine de désinformation pro-Kremlin fonctionne à plein régime pour dénigrer et discréditer l’événement. D’après le dernier élément de cette campagne de décrédibilisation, le sommet de la paix qui se tiendra en Suisse constitue un exercice de propagande visant à masquer l’absence de légitimité de Zelensky. Cette campagne de désinformation s’efforce de décrédibiliser le sommet pour la paix et de remettre en question de légitimité du gouvernement ukrainien. Les efforts déployés pour déformer le discours de paix et pour remettre en cause la légitimité de Zelensky figurent parmi les manœuvres de désinformation pro-Kremlin les plus significatives depuis que la Russie a lancé son invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022. Soyons clairs: le mandat du président Zelensky n’est pas terminé. La constitution ukrainienne ne laisse aucun doute sur ce point: le président de l’Ukraine reste au pouvoir jusqu’à ce que le président nouvellement élu prenne ses fonctions. Le maintien des institutions gouvernementales constitue un des principes fondamentaux de la Constitution. La plupart des observateurs considèrent qu’il est impossible de tenir des élections régulières étant donné que des millions d’Ukrainiens se sont réfugiés à l’étranger, que des centaines de milliers d’Ukrainiens sont au front et qu’une part importante de la population vit sous l’occupation russe. L’Ukraine souhaite aussi protéger sa population civile des attaques russes qui pourraient avoir lieu durant la période électorale. Elle craint que les infrastructures et événements liés aux élections ne soient pris pour cible par des missiles, bombes planantes, drones et obus russes, et fassent de nombreuses victimes innocentes. Le Kremlin, avec son cynisme habituel, blâmerait l’Ukraine pour ces incidents, comme cela a été le cas cette semaine lorsque la Russie a attaqué un hypermarché de bricolage à Kharkiv.
  • Fidèles à leur tendance à accuser les autres et à crier au loup, les médias de désinformation pro-Kremlin ont une nouvelle fois pointé l’Occident du doigt. Ils ont prétendu que l’accord de sécurité et de défense entre l’UE et la Moldavie pourrait signifier que des préparatifs de guerre contre la Russie sont en cours. Ces allégations déforment la véritable mission du Partenariat de sécurité et de défense conclu le 21 mai entre l’UE et la Moldavie. Le partenariat, n’a pas pour vocation d’impliquer les participants dans une guerre, de les armer ou d’engager toute autre action militaire. Il cherche simplement à établir un cadre de collaboration et de partage d’informations et d’expertise dans les domaines de la cybersécurité, des menaces hybrides et du contre-extrémisme.

 

CLAUSE DE NON-RESPONSABILITÉ

Les cas figurant dans la base de données EUvsDisinfo concernent principalement des messages circulant dans l’espace d’information international identifiés comme transmettant une représentation partielle, déformée ou erronée de la réalité et qui répandent des messages clés pro-Kremlin. Cela n’implique pas nécessairement qu’un média donné soit lié au Kremlin ou soit pro-Kremlin du point de vue éditorial, ou qu’il ait intentionnellement cherché à désinformer. Les publications de EUvsDisinfo ne représentent pas une position officielle de l’UE, les informations et opinions exprimées se fondent sur les rapports et analyses médiatiques du groupe de travail East Stratcom.

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